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Dégradations (évidentes et irréversibles) et protection (aléatoire) En plus de l’existence d’une association marocaine pour la protection du patrimoine, un projet (un de plus) de conservation et de valorisation du patrimoine serait à l’étude; de même qu’un centre de recherche archéologique et un musée devraient être créés pour la mise en valeur du potentiel considérable du Sud marocain et susciter l’intérêt des touristes. C’est ce qui était annoncé au début des années 2000. Déjà , à l’époque du Protectorat, Odette du Puigaudeau lançait un cri d’alarme aux autorités en vue de la protection des sites rupestres du Sud marocain. Cinquante ans plus tard, on annonce que des mesures strictes sont prises par le gouvernement pour protéger un patrimoine inestimable. Des amendes très élevées sont paraît-il prévues à l’encontre des déprédateurs. Les préhistoriens ou les amateurs éclairés qui fréquentent les lieux depuis de très nombreuses années peuvent tous confirmer que les déprédations continuent. Les autorités responsables disent que c’est le fait de touristes indélicats; il est probable que c’est en partie vrai mais il est évident qu’ils ne sont pas les seuls. Personnellement, je peux affirmer qu’un marchand marocain, après promesse d’une somme conséquente, m’a montré et proposé à la vente un choix de plusieurs petites gravures rupestres sur des dalles extraites de sites dont je tairai la provenance. Lors de la visite des sites, il vous sera aisé de constater les endroits où des dalles libres ont été enlevées. Dans certains, les tentatives de desquamer les dalles ont échoué et les pierres fendues ou brisées supportant les gravures sont restées sur place. Vu l’importance du travail entrepris pour ce genre de pillage et le matériel nécessaire, je vois mal (mais ce n’est pas impossible) des touristes à l’oeuvre. Preuve qu’il n’existe aucun contrôle sur le terrain et que l’on ne cherche pas à sensibiliser les populations : des gravures observées il y a quelques années près d’un village ont complètement disparue car l’endroit sert maintenant de carrière pour de la pierre à construction. D’autres sont couvertes de graffitis effectués par des enfants. Avant d’exhorter les touristes à “respecter ces trésors de l’humanité”, il serait peut-être bon de sensibiliser les Marocains sur la richesse de leur patrimoine et de leur imposer la responsabilité de la conservation des sites qui dépendent de leur commune. Alors que je me renseignais pour visiter un site à gravures répertorié non loin d’une ville assez importante du Sud, un guide local m’a annoncé que ce n’était pas la peine que je me dérange : “Il ne reste plus grand-chose, tout a été cassé...” (sous-entendu, tout a été enlevé). Résultat : ce site ne sera pas mentionné dans mes descriptifs d’itinéraires car les touristes ne verront plus d’intérêt à passer par l’endroit... Le problème actuel du Maroc, vu le nombre de marchands de toutes sortes qui fleurissent partout, en ville et le long des routes, c’est qu’il faut à tout prix trouver quelque chose à vendre aux touristes. Pourquoi les gravures rupestres et les sites archéologiques feraient-ils exception, alors que les gîtes à fossiles et à minéraux sont pillés en permanence, après en avoir obtenu l’autorisation auprès du caïdat, en payant ? Il est ainsi plus facile d’encaisser de l’argent que de verser un salaire pour les services d’un gardien.
Le pillage des gravures est permanent A Erfoud, 70 kilomètres au sud d’Errachidia, sur la route principale qui traverse la petite ville comme aux abords du grand marché ou encore dans les ruelles adjacentes, la quasi-totalité des commerçants ont un point commun : les fossiles. La région en regorge et il est normal de voir n’importe quel boutiquier proposer des fossiles. Vraix ou faux, ils sont là , occupant tout l’espace s’il s’agit d’un spécialiste ou un petit coin dans l’échoppe lorsqu’il est question d’un commerce parallèle. Seulement voilà , si la vente des fossiles aide les commerçants de la région à joindre les deux bouts, celle des gravures rupestres (dont la vente est « illégale ») rapporte gros et les commerçants n’hésitent pas à en proposer aux touristes avides d’objets archélogiques. Sur la porte d’un marbrier situé dans une petite rue, une plaque sur laquelle est écrit à la main : Marbre et fossiles. A l’intérieur, quelques jeunes poncent des plaques de marbre pour les rendre luisantes. Dans un coin, on propose quelques fossiles dont le prix varie entre 10 et 50 dh. Aucune gravure rupestre en vue mais on demande quand même. Le propriétaire de l’atelier prétend ne pas savoir de quoi nous parlons mais lorsque le guide qui nous accompagne lui explique que nous sommes des Marocains vivant à l’étranger et que nous désirons acheter quelques gravures, il nous demande de revenir plus tard. Une demi-heure passe et nous retournons voir le marbrier. Il déplace quelques plaques de marbre et nous sort deux gravures qui représentent une antilope et un homme courbé. Prix de l’unité : 4 000 dh. « Parce que vous êtes Marocains », nous lance-t-il en nous adressant un clin d’œil. Nous demandons à réfléchir et nous partons voir d’autres vendeurs. Près du marché, nous entrons chez un vendeur de fossiles et le même scénario se reproduit. Cette fois, le vendeur nous demande de le suivre et nous fait pénétrer dans une sorte de débarras. De sous une table couverte jusqu’au sol, il sort trois gravures presque parfaites. Les prix varient entre 4000 et 4500 dh l’une mais à 10 000 nous pourrons emporter les trois. 15 000 dh pour les touristes, nous dira t-il. Le guide n’a pas l’air convaincu et il nous fait signe de ne pas nous éterniser. Dehors, il nous explique sa réaction : «Normalement toutes les gravures qui existaient ou qui existent encore dans le lit de l’oued Ziz datent d’au moins 10 siècles avant J.C. Sur les trois qu’on vient de voir, au moins une est fausse. Il y a 30 siècles, la région n’était pas désertique et il y avait beaucoup de végétations. Je ne vois pas ce qu’un chameau vient faire sur une gravure»...
Exemple sur le site de Mzerg
Feuille NH-30-XIV-3 (Fezzou). 30°36,95’N - 04°37,65’W. A une dizaine de kilomètres de Tafraout des Kem-Kem. Les bazaristes d'Erfoud ne sont pas très loin... L'accès à ce site n'a pas été signalé dans le guide Pistes du Maroc de J. Gandini, tome 2.
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