Une sonnette d’alarme sans cesse tirée...
En 1969, la célèbre journaliste, Odette du Puigaudeau, grand écrivain et amoureuse du Sud marocain, faisait paraître un article dans la revue Archeologia (n°30) où une fois de plus, en vue de les défendre, elle parlait de l’état des gravures qu’elle avait reconnues et inventoriées bien des décennies auparavant (1937-38) dans la région de Foum el Hasn et dans la vallée du Draa. Nous reprenons une partie de son texte : “Entre Icht et Foum el Hasn, l’oued Tamanart fait un coude vers l’Ouest pour s’engager entre l’extrémité Sud du jebel Taggounatin n’Tircht et le versant Nord du Bani. Ayant reçu son affluent, l’oued Tasseft, il tourne brusquement au Sud, traverse les palmeraies de Foum el Hasn et descend tout droit l’oued Draa. Le site à gravures s’inscrit sur les 3 km de falaises et de rochers qui séparent ces deux coudes. Huit gravures de chars, signalant le carrefour, étaient localisées aux deux points utiles, c’est-à -dire aux deux tournants. Ce lieu avait dû être très anciennement et très longtemps fréquenté, car les terrasses et les hautes berges de l’oued étaient autrefois littéralement jonchées d’outillages appartenant aux diverses époques et à toutes les industries lithiques si abondamment répandues dans la vallée du Draa. Les gravures elles-mêmes couvraient de longues périodes, de 5000 ans avant J.C. pour la faune équatoriale à 1200 avant J.C. pour les chars. Entre les deux, la civilisation des pasteurs avait représenté des silhouettes de bovidés. Le plus grand nombre de ces gravures se trouvaient sur le Taggounatin n’Tircht, le long de la rive droite, dont l’orientation Sud, vers l’oued, coïncidait avec l’intention évidente des graveurs d’en référer à un culte du soleil. C’est sur cette même rive, près du piton conique qui termine le massif du Taggounatin dans le premier coude du Tamanart, que se trouvait le point d’intérêt majeur de la station : une colline tronquée dont le sommet formait une plate-forme ronde au sol de grès lisse, brillant, et de cailloutis. Autour de cet espace vide, des dalles et de longues barres, débitées par l’éclatement sous l’action des variations thermiques, étaient disposées en demi-cercle. Toutes étaient gravées de figurations animales : éléphants, rhinocéros, fauves, antilopes, bovidés, les uns libres, les autres bridés, ou piégés, ou frappés d’un épieu, ou pris dans un réseau de spirales et de méandres. En contrebas, au flanc de la colline, cinq chars étaient profondément piquetés sur une croûte lisse du grès, bien en vue, comme pour attirer l’attention des passants. L’idée d’un lieu de célébration d’un rite religieux s’imposait aux chercheurs. On peut supposer que cette aire cultuelle était en relation avec les hauts-lieux sacrés découverts à l’Oukaïmeden au Yagour, près des sommets dominants du Maroc... Pendant la Seconde Guerre mondiale, quelques blocs gravés servirent à édifier des abris en prévision de combats qui n’eurent pas lieu. La sérénité revenue, on employa, par mégarde! quelques dalles ornées d’antilopes et d’armes de jet pour paver le nouveau souk. Les cinq chars libyco-berbères de la “colline sacrée” disparurent également on ne sait où ni comment.”
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