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Kem-Kem (Daoura)
Carcharodontosaurus saharicus, Spinosaurus
Un crâne de carnivore, le plus long jamais retrouvé
Le Père Lavocat, éminent paléontologue, dans les Kem-Kem
Le crétacé continental de la Hammada du Guir
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Un crâne de carnivore, le plus long jamais retrouvé

Article de Dominique Leglu paru dans le journal Libération du 21 mai 1996.
Il devait avoir la dent dure. Abondante, sans nul doute, et aussi acérée qu'un requin. D'où son nom imprononçable de Carcharodontosaurus (carcharias pour requin, odontos pour dent). Car ce fut un dinosaure, il y a 90 millions d'années, et parmi les méchants, genre T. rex. carnivore. C'est le "plus important crâne de dinosaure carnivore" retrouvé, 1,6 mètre de long, affirme l'un de ses découvreurs, le Français Didier Dutheil, paléontologue amateur. Il ne devait cependant contenir qu'un cerveau désespérément minable, 100 cm3 à tout casser, soit le quinzième d'un cerveau humain.
C'était en 1995, par 50° au soleil du grand Sud marocain. Dans la région des Kem-Kem, non loin de la frontière algérienne. Sous la houlette de l'Américain Paul Sereno, de l'université de Chicago, une douzaine de scientifiques, dont un représentant du ministère marocain de l'Energie et des Mines, étaient venus prospecter.
Paul Sereno, paléontologue de 38 ans à l’époque, n'avait rien d'un nouveau venu dans ce domaine. On le connaît pour son côté Indiana Jones et sa pratique de véritables raids. Dans diverses régions de la planète, Amérique du Sud, Asie et maintenant Afrique, il aime à découvrir (ou redécouvrir) des spécimens de choix, qui, éventuellement, permettront de retracer la longue évolution des dinosaures sur des millions d'années . C'est ainsi qu'Eoraptor (Argentine), Afrovenator (Niger), Sinornis (Chine) sont entrés dans sa gibecière. En l'occurrence, ce qui l'intéressait au Maroc, c'était de comprendre "en quelles branches se sont séparés les dinosaures prédateurs", notamment après la dérive des grands continents comme l'Afrique et l'Amérique du Sud.
Sereno venait d'atteindre le sommet d'un piton de grès quand il a vu affleurer un arrière-crâne. Puis, plus loin, un autre morceau. Une chance, après deux mois de terrain, et peu de temps avant la fin des fouilles.
Il s'agissait d'un crâne presque complet, insiste Didier Dutheil, un photographe qui participa aux fouilles américaines. Mais le reste du corps n'était pas là, comme souvent dans ces gisements de bords de rivière (de l'époque préhistorique). C'est un Carcharodontosaurus saharicus, dont l'espèce avait été identifiée dès 1927 et dont des fragments avaient été trouvés dans les années 40 par un Français, le Père René Lavocat, ainsi que par des spécialistes allemands, dont les trouvailles rapportées d'Egypte à Berlin ont été détruites pendant la guerre.
L'animal, qui remonte au crétacé, serait ainsi une sorte de cousin du T. rex d'Amérique du Nord et du Giganotosaurus, un géant d'Amérique du Sud. "C'étaient trois énormes animaux, explique Sereno. Les prédateurs en haut de la chaîne alimentaire". Ceux qui boulottaient les autres...
"La découverte est importante", estimait Philippe Taquet, qui a également fouillé au Maroc, et trouvé de grands dinosaures herbivores... Même même s'il s'agit d'une redécouverte - au contraire d'une autre trouvaille lors de ces fouilles, un nouveau théropode plus petit, carnassier baptisé Deltadromeus agilis. Surtout, cette découverte pourrait avoir un impact inattendu sur le Maroc, dont le patrimoine fossile a tendance à s'en aller par petits morceaux... "Même si c'est interdit, le matériel est vendu, passe les frontières, les musées occidentaux en rachètent...", explique Didier Dutheil. Si Carcharodontosaurus, Deltadromeus et "le millier de fragments encore à examiner", selon Sereno, sont actuellement à Chicago, ils retraverseront un jour l'Atlantique. Et pourraient bien contribuer à alimenter un musée d'Histoire naturelle au Maroc, encore à créer...

 



 
 

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